Certains semblent avoir un intérêt abusif pour la technique. Je le regrette, et je suis furieux si après avoir regardé dix secondes mes photos, quelqu’un me demande quel film j’ai utilisé, sur quel papier j’ai imprimé ou même à quel endroit j’ai acheté mes cadres !…
Le spectateur ne peut-il donc se contenter de regarder ce qu’on lui propose, d’être touché ou non, d’apprécier ou non, sans chercher à décortiquer ?
C’est sans doute ce qu’un spectateur non averti fera. Mais si celui qui a une certaine expérience de la technique ou l'art présentés se pose des questions, en particulier pour une œuvre qui l’a touché, mais également pour un travail qui semble exploiter une technique particulière, mérite-t-il notre colère ? Faut-il penser qu’en cherchant à connaître le processus de fabrication, en recherchant un « truc » derrière l’œuvre, le spectateur la minimise, qu’il ramène tout le travail à ces seuls éléments ? Qu’il ne comprend décidément rien ?
Et pourtant ! Est-il futile de parler - parfois - d’instruments et de matières, en particulier dans les arts plastiques? Pas du siège du peintre, ni du papier sur lequel le compositeur écrit sa partition, mais de la terre qu’un sculpteur a choisie pour sa souplesse, le bois qu’un graveur a sélectionné pour sa texture, et pourquoi pas le film qu’un photographe a choisi pour son grain. Rien ne dit que le « curieux » en fera le même usage, qu’un autre sculpteur utilisant la même terre, et heureux d’avoir connu ses qualités, fera une œuvre ayant le moindre rapport avec la première.
Pour un peintre qui voyait les premières œuvres pointillistes ou impressionnistes, était-il ridicule de s’interroger sur les moyens utilisés ? Pour un graveur qui voyait les gravures de Rops ou Rassenfosse, de se demander quel vernis permettait ce rendu subtil ? Libre à l’artiste de garder jalousement ses secrets (c’était le cas de Rops).
Même dans le domaine de l’écriture, qui est un art plus « abstrait », l’acte physique d’écrire n’est pas indifférent, et certains écrivains insistent sur le rôle de leur vieille machine à écrire dans le processus de création !
Bien sûr, dans beaucoup de cas, il y a simplement banalité des instruments et des matières, soit parce que cela fait partie de la démarche (aucun effet de matière n’est recherché), soit parce qu’aucune contrainte n’impose un matériau ou une technique particuliers. L’information alors est qu’il n’y en a pas !
Alain Wuilbaut |